9 conseils pour prendre en compte efficacement les retours sur son scénario

Vous venez de proposer votre projet à relecture, à L’Accroche Scénaristes ou ailleurs, et vous voici muni de trois belles fiches de lecture. Problème : vous ne savez pas par où commencer. Quels retours prendre en compte ? Quels sont ceux que vous devez ignorer ? Découvrez neuf conseils pour vous aider.

1/ Fixer les piliers de son projet

Afin de ne pas se retrouver pris au dépourvu en réceptionnant les retours sur votre scénario, commencez par identifier les piliers de votre histoire, c’est-à-dire ses éléments fondateurs. Vos intentions en somme.

J’en parlais déjà dans mon article sur la coécriture. Je vous rappelle les grands principes ici. À mon avis, vous devez au moins fixer :

  • le propos de votre œuvre, c’est-à-dire la morale de l’histoire,
  • comment l’action servira le propos en question. 

Si vous ne possédez que le premier, vous vous perdrez parmi les mille et une façons possibles de transmettre ce que vous avez à dire. Si vous n’avez que le deuxième, vous peinerez à suivre un fil directeur cohérent.

À ces deux piliers essentiels, vous pouvez joindre tout ce qui vous semble fonder votre concept :

  • les personnages ou certaines de leurs caractéristiques,
  • l’ambiance,
  • l’univers,
  • les objectifs (faire vivre telle ou telle émotion au spectateur par exemple),
  • etc.

Sans cette étape, vous éprouverez des difficultés à faire le tri parmi les différents avis sur votre scénario.

Le mieux évidemment, c’est d’avoir fixé ces piliers avant l’envoi pour relecture et de les avoir joint au scénario sous la forme d’une note d’intention. Car si le lecteur est conscient de ces piliers, ses retours n’en seront que plus pertinents.

2/ Identifier la nature des différentes remarques

Le seconde étape consiste en classer les remarques des fiches de lecture selon plusieurs catégories.

D’une part, séparez les propositions des problèmes identifiés dans votre scénario.

Les premières induisent des modifications concrètes tandis que les seconds vous laissent le choix de la solution à adopter. Par exemple, le lecteur qui vous fait remarquer un moment trop lent au milieu de votre histoire soulève un problème. Celui qui vous conseille d’ajouter une scène d’action au milieu de votre scénario vous fait une proposition.

Ces dernières peuvent parfois être pertinentes. Cependant, elles doivent être mises de côté tant que vous n’avez pas identifié les problèmes de votre projet, sous peine de se transformer en fausses bonnes idées.

Ensuite, classez ensuite les problèmes en fonction des catégories suivantes:

  • Les « mauvaises compréhensions » : le lecteur a compris autre chose que ce que vous souhaitez transmettre ;
  • Les « non-perceptions » : les intentions ou éléments que le lecteur n’aura absolument pas perçus ;
  • Les « incompréhensions » : les passages qui paraissent trop mystérieux ou incompréhensibles ;
  • Les problèmes de vraisemblance : les éléments peu crédibles auxquels le lecteur n’adhère pas ;
  • Les symptômes : il s’agit du terme utilisé par Yves Lavandier dans son livre Évaluer un scénario (ouvrage recommandé pour tout lecteur apprenti, et qui aide également les auteurs à mieux comprendre leurs retours !). Cela regroupe toutes les émotions qu’a ressenti le lecteur face à votre histoire (s’est-il ennuyé à tel ou tel moment ? se sent-il tenu à distance par tel ou tel passage ?). Vous pouvez également tenter d’identifier le symptôme derrière les autres retours (par exemple, si l’on vous fait remarquer que votre personnage manque de conflit, peut-être cela signifie-t-il tout simplement que le lecteur s’est ennuyé à certains passages) ;
  • Tous les autres retours redondants : ceux signalés par tous les lecteurs ou presque ;
  • Les retours contradictoires : quand deux lecteurs disent exactement l’inverse sur votre scénario ;
  • Les autres retours.

Ce classement des problèmes vous aidera à prioriser leur étude.

3/ Identifier dans quelle mesure le lecteur connaît le genre de votre scénario

Si possible, tâchez de savoir si le lecteur est sensible au genre de votre scénario. Si votre projet est un film d’horreur et que le lecteur n’en voit absolument jamais, il ne sera pas familier avec les codes du genre. Or, la connaissance de ces codes peut modifier la perception d’une histoire, car ces derniers incluent souvent des éléments attendus ou des passages obligés.

Cela ne veut pas dire que le lecteur non aguerri ne fera pas de retours pertinents, mais vous devrez garder en tête que certaines remarques seront guidées par une méconnaissance du genre.

4/ Traiter en priorité les remarques à ne pas négliger

Les « mauvaises compréhensions », les « non-perceptions », les « incompréhensions », les problèmes de vraisemblance, les symptômes et les retours redondants ne doivent être négligés dans aucun cas.

En cas de mauvaises compréhensions, ne vous posez pas de questions. Si le lecteur se méprend sur votre propos ou la caractérisation de votre personnage, vous devez absolument vous pencher sur le problème. Imaginez si vous souhaitez que la morale de votre film soit « l’amour triomphe toujours » et que le lecteur comprenne l’inverse ! Une histoire doit raconter exactement ce que vous souhaitez et être au service de vos intentions. 

Les « non-perceptions » doivent être traitées également. Si une intention n’est perçue par personne, y compris par un lecteur aguerri au genre de votre scénario, il y a de fortes chances qu’elle ne se manifeste pas suffisamment dans votre histoire. Vous devrez alors la mettre plus en avant.
Pour les problèmes de vraisemblance et les incompréhensions, je ne serai pas aussi catégorique. Parmi les piliers de votre scénario, vous pouvez avoir choisi une ambiance onirique ou avoir envie de conserver une part de mystère et d’inexpliqué dans votre œuvre. Veillez tout de même à ce que votre lecteur ne décroche pas complètement à cause d’un mystère trop dense.

Les réactions des personnages doivent également rester crédibles, donc comprises par le lecteur, y compris si votre histoire se déroule dans un univers éloigné de la réalité. Bien entendu, si à l’inverse, votre histoire est ancrée dans le réel, vous ne devez pas laisser passer tout retour au sujet de la vraisemblance, car votre concept en dépend.

Les « symptômes » sont de retour à étudier attentivement. Ils permettent de vous interroger sur l’effet que tel ou tel passage doit produire sur le spectateur. Vous souhaitez faire naître la peur ou émouvoir et votre scénario ne fait ni chaud ni froid à votre lecteur ? Vous devez travailler cet aspect. A l’inverse, si le lecteur se sent tenu à distance et que c’est l’effet que vous cherchez à obtenir, alors vous avez réussi votre pari !

Enfin, si tous les lecteurs vous signalent un même problème, vous devez vous interroger. Si tous vous indiquent que votre histoire manque d’un véritable déclencheur, c’est-à-dire d’un moment qui fait basculer la vie du protagoniste, mieux vaut se pencher sérieusement sur cette difficulté, car il y a de fortes chances qu’un producteur vous reproche la même chose par la suite.

5/ Étudier les autres types de retours 

Maintenant que vous avez étudié les retours les plus importants, accordez de l’attention aux autres remarques. Vous devez toujours les analyser à la lumière de vos intentions. Ne faites les changements que si cela consolide vos différents piliers.

Par exemple, vous avez fait le choix d’une ambiance lente et contemplative ou à l’inverse d’un film à cent à l’heure et un lecteur vous en fait la remarque ? Peut-être avez-vous forcé un peu trop le trait et pouvez-vous vous montrer un peu plus mesuré, mais ne revenez pas sur votre choix.

N’oubliez pas que le risque en faisant relire son scénario, c’est de se laisser trop influencer par la moindre remarque qui paraîtra pertinente ou le moindre problème soulevé. Donc ne perdez pas de vue vos piliers !

6/ Ne pas se laisser dépasser par les retours contradictoires

Parfois, vous aurez des retours complètement contradictoires. Un lecteur vous dira une chose, l’autre vous dira l’inverse. C’est là que vous pouvez vous appuyer sur le profil de vos lecteurs. Privilégiez dans ce cas le retour de la personne la plus familière du genre. 

7/ Jeter un œil aux propositions de modification

Régulièrement, les lecteurs vous feront des propositions pour améliorer votre projet. Une fois que vous êtes au clair avec ce que vous souhaitez modifier ou non, vous pouvez tenter d’y puiser des idées pour apporter des changements à votre projet. Cela vous aidera souvent à rebondir et à trouver de nouveau chemin pour votre scénario.

8/ S’appuyer sur des livres de dramaturgie pour trouver des solutions

Désormais, vous avez à votre disposition la liste de tous les problèmes que rencontrent votre scénario. Vous êtes prêts à vous attaquer à la réécriture. 

Je vous invite à vous plonger dans les livres de dramaturgie si vous avez des difficultés à trouver des solutions pour résoudre les différents points que l’on vous a signalés. Certains livres comme L’Écriture de scénario de Jean-Marie Roth ou encore La Dramaturgie d’Yves Lavandier proposent des boites à outils pour vous permettre de traiter des difficultés précises. Plus de références de livres sur notre page Liens & Documentation.

9/ Laisser décanter quelques jours

Ne vous jetez pas à corps perdu dans la modification de votre scénario. Laissez-vous le temps de digérer. C’est une étape difficile que celle de confronter son histoire à l’avis des autres. Il est donc important de prendre le temps d’intégrer les différentes remarques afin de laisser de côté l’impact émotionnel de la relecture.


S’il est essentiel de se faire relire et de se confronter à l’avis des autres pour faire avancer votre projet, n’oubliez jamais que vous êtes le seul maître à bord et que toute remarque, aussi pertinente qu’elle soit, ne doit pas être prise en compte si elle va à l’encontre de vos intentions.

Emilie Bottini

Emilie Bottini

Romancière et scénariste s'inspirant de l'Histoire et plus particulièrement de l'Antiquité, elle est l'auteur d'un roman interactif de fantasy et d'une novella fantastique à paraître en 2019.

www.emilie-bottini.com
Emilie Bottini