Comment rédiger et présenter son scénario ?

Contrairement à une oeuvre littéraire, le format d’un scénario n’est pas libre. Pourquoi ? Car son rôle est de servir de support à tous les autres métiers qui interviendront dans la réalisation du film : réalisateur, acteurs, décorateur, monteur… Sa rédaction répond donc à des codes, qui se rapprochent de ceux de la pièce de théâtre et qu’il convient de comprendre le plus rapidement possible si l’on souhaite devenir scénariste.

La police de caractères

En France, le choix de la police de caractères n’est pas aussi rigide que dans les scénarios américains où l’utilisation de la police « Courrier New » en taille 12 est systématique. Si tu ne souhaites pas l’utiliser, je t’invite à choisir tout de même une police à empattement, comme le « Times New Roman », car elle facilite la lecture. Dans tous les cas, les polices exotiques sont à proscrire.

La page de garde

Le scénario est introduit par une page de garde sur laquelle figure le titre et le nom du ou des auteur(s). En général, on n’y indique également ses coordonnées : email et numéro de téléphone.

La continuité dialoguée

Après la page de garde suit la continuité dialoguée, c’est-à-dire le déroulement de l’oeuvre audiovisuelle à proprement parler, qui se découpe en scène. Comme au théâtre, la scène correspond à une unité de temps et de lieu, même si l’on suit toujours le même personnage.

Ainsi, nous obtenons le découpage suivant :

  • Un nouveau lieu impose une nouvelle scène, même si les événements se passent immédiatement après ceux décrits dans la scène précédentes ;
  • Un bond dans le temps impose une nouvelle scène, même si le personnage se trouve toujours dans le même lieu. J’attire simplement ton attention sur le fait qu’il faudra faire comprendre d’une façon ou d’une autre que le temps a passé (par exemple, la première scène se passe en journée et lors la deuxième, la nuit est tombée).

Le titre de la scène

Chaque scène est introduite par un titre. Ce dernier doit comporter les éléments suivants :

  • Le numéro (toutes les scènes sont numérotées dans l’ordre d’apparition)
  • Le lieu de la scène
  • La mention : Jour ou Nuit

Ce qui donne par exemple :

1 EXT. JARDIN DE LUCIE – JOUR

Le déroulé de la scène

Dans une scène, on ne trouvera que deux éléments : les descriptions de l’action et les dialogues.

Les descriptions de l’action

Elles correspondent aux didascalies du théâtre. Elles doivent décrire uniquement les éléments qui vont être perçus à l’écran, dans l’ordre d’apparition, ce qui implique de les rédiger au présent. Cette règle parait simple, mais elle pose rapidement des problèmes puisqu’un certain nombre d’éléments sont exclus comme par exemple :

  • évoquer les pensées des personnages,
  • indiquer le métier, les liens de parenté entre personnage et tout ce qui ne peut pas se comprendre directement à l’écran,
  • faire référence à un événement passé,
  • présenter une action comme une habitude,
  • décrire des éléments de décor ou le fonctionnement de l’univers qui ne seront pas perçus à l’écran,
  • décrire des actions dans un ordre non chronologiques,
  • etc.

On doit donc se limiter à décrire :

  • les actions visibles dans l’ordre d’apparition (il se lève, il marche, etc.) ;
  • les émotions ressenties par le personnage qui vont être perceptibles par le spectateur (il est triste) ;
  • les éléments de décor visibles à l’écran ;
  • le physique des personnages ;
  • les sensations ressenties par le spectateur à propos d’un personnage ou d’un élément de décor. Par exemple, si l’apparence d’un personnage ou d’un décor est inquiétante (et qu’on le percevra sans équivoque à l’écran), il est possible de le mentionner dans la description ;
  • et tout autre élément visible à l’écran.

Trois autres conventions à connaître :

  • dès leur première apparition et même si le nom n’a pas encore été évoqué par les dialogues, on appelle les personnages par leur nom. S’il s’agit de la première fois que le personnage apparait, on écrit son nom en majuscule et on précise son âge ;
  • on ne présente que ce qui est utile à l’histoire. Dans une scène, il est déconseillé de décrire le lieu ou le physique du personnage par le menu. Cependant, pour aider le lecteur à visualiser le film futur, tu peux mettre quelques mots sur les décors ou le personnage ;
  • on évite d’utiliser le pronom « on » (par exemple : « on voit tel ou tel élément ») ;
  • on évite d’utiliser un style trop littéraire (métaphores et autres figures de style). La rédaction des descriptions doit être simple et efficace. On peut toutefois se permettre quelques images si cela aide à la compréhension du scénario (par exemple, si le décor doit faire forte impression sur le spectateur) ;
  • on ne met pas d’indications techniques comme les mouvements de caméra.

Par exemple :

LUCIE, 30 ans, tailleur et visage austère, entre dans le bureau au décor impersonnel et s’installe sur une chaise.

Les dialogues

Comme au théâtre, chaque dialogue est introduit par le prénom du personnage, suivi par le dialogue qui sera prononcé par l’acteur.

On peut, si on le souhaite, donner une indication de ton, mais uniquement si elle n’est pas sous-entendue par le dialogue.

Par exemple :

LUCIE

(ironique)

Je n’aurais jamais deviné !

Le mot de la fin

Par convenance, on marque la fin du scénario par le mot « FIN » tout simplement.

La mise en page

Il existe aussi des conventions d’alignement pour les différents éléments. Par exemple, le nom de personnage qui introduit le dialogue doit être centré, le dialogue décalé selon une marge précise. Comme ce serait un peu fastidieux à décrire ici, tu trouveras ci-dessous un modèle Word qui présente la bonne mise en page pour le titre de la scène, les descriptions et les dialogues.

Le modèle à télécharger

Tu peux télécharger ci-dessous le modèle Word. Dans l’onglet Accueil de Word, tu verras que tu disposes de la liste des styles utiles pour l’écriture d’un scénario.

Tu peux également te procurer un logiciel d’écriture de scénario, comme Celtx par exemple. J’attire seulement ton attention sur deux points :

  1. ce sont souvent des logiciels payants ;
  2. si tu travailles avec un co-auteur qui ne dispose pas du logiciel, tu ne pourras pas facilement échanger le fichier du scénario avec lui.

Ce sont des éléments à prendre en compte avant d’investir.

Et pour aller plus loin

  • Savoir rédiger et présenter son scénario de Philippe Perret et Robin Barataud : le livre qui vous permettra de maîtriser les règles de présentation du scénario
  • Où lire des scénarios en français ? : notre article pour dénicher des scénarios de films en français sur le web

Tu as aimé cet article ?

Tu peux soutenir L’Accroche Scénaristes en nous faisant un don (à partir de 1 euro) ou en adhérant à l’association. Chaque geste nous permet de pérenniser un peu plus nos activités (dont ce blog). Merci à toi !

Emilie Bottini